25.03.2008

Tout de suite, la suite.

La deuxième partie de mon parcours sur Shikoku t'emmène dans la région de Matsuyama...

Sur le trajet depuis Takamatsu, j'ai pu faire brièvement la connaissance du gaijin de la journée - "Pat", un Canadien vivant dans une petite ville des environs. Le coup classique : il vient visiter le pays, tombe amoureux d'une Japonaise, et finit par s'y installer, la bague au doigt. L'occasion d'ailleurs de réaliser son rêve et d'ouvrir un bar, étant donné la relative facilité d'acquisition des licenses par rapport au Canada ainsi que la faible concurrence dans les environs. J'ai même droit à un flyer. Très sympa, le Pat ^^

A travers la vitre, les paysages mi-montagnes mi-mer intérieure défilent. La matinée aussi. Au loin on aperçoit des cimes encore enneigées, dont celle du Ishizuchi-san. Et surprise à l'arrivée : Matsuyama c'est plutôt pas mal ! Déjà ça a l'air relativement grand et dynamique : moi qui m'apprêtais après seulement 3 jours à cataloguer Shikoku comme étant un vieux bout de Japon rouillé, j'étais stoppé net dans mon élan. Et puis surtout, l'organisation de la ville est intéressante, puisque centrée autour de son château, perché sur une grande colline. Alors ça n'est pas original en soi, mais le contraste entre l'activité bouillonnante des artères principales et le calme olympien de la forêt directement adjacente et qui domine la ville lui donne une atmosphère particulière.

Que faire à Matsuyama ? Eh bien déjà aller voir ce château, pardi ! Un détour apaisant par les jardins situés en contrebas de celui-ci est plus que recommandé, avant d'entamer la courte ascencion. Mais attarde-toi surtout sur la grande esplanade en haut, face au château, pour profiter de la vue renversante sur la ville et ses alentours. De la mer, de la montagne, encore et toujours. Mais quand c'est si beau, qui s'en plaindrait ?

En redescendant, je saute dans le vieux tramway du coin. Ca grince et craque de partout, on est au moins en 1970 - ça me plaît. Très vite j'arrive à ma nouvelle destination, le Dogo onsen, soit l'un des plus anciens bains publics du Japon. Situé dans un bâtiment traditionnel, et très touristique, on trouve bien sûr quantité de magasins de souvenirs à proximité, mais le charme est tout de même là. Il fait nuit depuis un moment, pourtant presque tous les passants sont en yukata... étant donné qu'ils vont au onsen ou bien en reviennent. L'intérieur du bâtiment est intéressant, on y utilise encore des vieux casiers en bois, et sans être spectaculaire le bain tout en vieille pierre dispose d'une jolie fresque représentant Bouddha. Pour l'anecdote, le Dogo onsen a servi de modèle au bâtiment principal du film "Le Voyage de Chihiro" ^^

Le lendemain, direction Kashima, un petit caillou de végétation situé non loin et accessible par bâteau, même si on pourrait s'y rendre à la nage étant donné sa proximité du rivage. Pas grand chose à voir, mais un calme appréciable vu que j'étais quasi seul sur l'île, à part un groupe de gamins à casquettes jaunes. Arrêt ensuite à Uchiko, village aux maisons particulièrement pittoresques. Et arrivée à Uwajima, où je passe la nuit.

La ville est célèbre notamment pour ses combats de taureaux, mais ce n'était pas la bonne période. Toutefois la découverte des premières sakura de l'année sur l'esplanade du château aura plus que compensé ! Je ne m'attendais absolument pas à voir des cerisiers en fleur dès avant la mi-mars. Ciel bleu, endroit quasi désert surplombant comme d'habitude la ville, avec mer et montagne à l'horizon. Et au milieu, cette poignée de grands arbres pleins de fleurs d'un rose tendre. Une fine pluie de pétales tombe parfois, à cause des petits oiseaux qui viennent y jouer. Instants clichés, mais magiques.

...prochainement la traversée en ferry jusqu'à Kyushu, avec Beppu et Nagasaki ^^









28.02.2008

Another day in paradise

Le bus démarre : direction Himeji, à l'ouest de Kobe, et son célèbrissime château. Il n'est même pas 9h. La joyeuse troupe de ryuugakusei a le moral au beau fixe. Temps à peine plus couvert.

A l'arrivée le site a beau être touristique, on est en semaine, donc foule limitée. Croisons néanmoins un groupe de retraités français (et son impressionnant débit de râleries à la minute). Je t'évite la leçon de choses sur le Himeji, sache simplement que si sa fondation date du XIVe siècle c'est un des rares bâtiments historiques que j'ai visités jusqu'à présent qui ait échappé aux tremblements de terre / incendies / bombardements. Ce qui ne l'a pas empêché d'être largement rénové, à la fois parce qu'une structure en bois forcément ça se dégrade, et surtout parce que de toute façon ici il faut s'y faire, les vieilles pierres ne sont nulle part à leur place. Enfin ce qu'on peut dire pour résumer c'est que c'est un bel ensemble, assez impressionnant et massif.

Le parc autour du château est agréable et offre un espace dont il a plus que jamais besoin pour exister au milieu de... la ville japonaise. Car ce qui choque, ou en l'occurrence fascine, c'est encore une fois cette opposition brutale entre les vestiges -même rénovés- d'un mode de vie passé et le bétonnage frénétique qui a abouti au Japon actuel. La vue du dernier étage du château parle d'elle-même : nul doute que si le dernier shogun d'Himeji ressuscitait là-haut, il se rendrait immédiatement au harakiri maru. En attendant, moi ça me plaît. Beaucoup.

*avance rapide* >> Retour à la fac sur le coup de 18h, et presque immédiatement le programme de la soirée commence. Sune a fréquenté un bar, où il a rencontré un type, avec qui il a sympathisé [...], qui lui a proposé il y a quelques jours d'aller dans un onsen... A partir de là je ne sais pas trop à quoi m'attendre, ça sent le plan merdique. Tant pis, nous partons tous les deux. Retrouvons le type en question, qui (soulagement) m'est d'emblée sympathique. 5 minutes de taxi à ses frais plus tard, nous grimpons les marches d'un mini-centre commercial, et arrivons à l'entrée du onsen.

Rappel : le mot "onsen" t'es familier si tu te souviens de mon séjour dans un ryokan (hurray pour le web 2.0, je me suis auto-linké), où j'avais déjà expérimenté les bienfaits du bain public nippon. Sauf que dans le ryokan en question on était entre étudiants uniquement, ou presque. Là, c'était the next level, le vrai test : le onsen des Japonais. Le vrai de vrai, celui de monsieur tout le monde, celui surtout où tu sais que tu vas faire tâche. Parce qu'autant je commençais à m'habituer à être régulièrement le seul non-bridé du coin -et à l'apprécier-, autant quand tu te dis que cette fois-ci tu seras littéralement à poils, ça semble légèrement différent...

...et puis en fait ça ne l'était pas ! Parce que, situation oblige mais sans pudibonderie outrancière, on évite de dévisager les inconnus et/ou de leur fixer le dessous de la ceinture. Alors non, ne me demande pas si les rumeurs sur la tu-sais-quelle-caractéristique du tu-sais-quoi des Japonais est fondée, je n'en sais rien (MEME SI TOUT LE MONDE DIT QUE C'EST VRAI, hein) et j'avais autre chose à faire que de sortir un double décimètre. D'ailleurs je me demande bien d'où j'aurais pu le sortir vu ma tenue. Ok non évitons de répondre à cette question. *ahem*

Plus sérieusement, ce fut à nouveau une petite heure de bonheur. Au total il devait y avoir une dizaine de bains différents, la majeure partie en extérieur. J'ai tout essayé, y compris le sauna. Et même sur le toit d'un bâtiment au moins aussi connecté avec la nature qu'un hypermarché, on est arrivé à te mettre de la verdure sur tout un pan du décor -bambous inclus-, de la belle pierre brute contre laquelle t'appuyer sur le pourtour des bassins, des jolis auvent en bois çà et là... et aussi 1 ou 2 écrans de télé pour divertir les plus désoeuvrés. Qu'importe dès lors si sous certains angles on distingue nettement la forme et les grosses lumières rouges d'une tour voisine, l'important est de pouvoir y croire. D'être au grand air par zéro degré, dans cette eau qui fume, et d'y être bien. D'y être ensemble, nus, sans distinction... Si l'on trouvait tout Paris à la Samaritaine, j'ai l'intuition que le Japon pourrait bien, lui, résider intégralement dans chaque onsen. Et puis surtout à 700 Yen l'entrée, la question n'est pas de savoir si je vais y retourner, mais quand !

Enfin, l'après-onsen n'a pas démérité. Restaurant de sushis très correct juste à côté. Discussion autant que possible avec l'ami japonais, en jap ultra-boîteux. Et fin de soirée dans un petit bar très cosy à l'entrée à peine signalée et où, comme pour le onsen, je n'aurais jamais osé rentrer sans être accompagné par un autochtone. Un bar d'habitués, où tout n'est que sourire, chaleur humaine, et karaoké. J'ai même chanté du Piaf -il n'y avait que ça en chanson française-, parce que bon il fallait mettre un peu d'exotisme sur le comptoir ^^

...donc ouais, j'ai connu des journées pires.