16.11.2007

Citizen of the world

C'est un sentiment étrange que celui de l'appartenance à un groupe, à une communauté. Je crois que pour pouvoir pleinement le ressentir, il faut précisément s'en extraire. Jamais je ne m'étais senti aussi français avant de venir au Japon. J'essaye de me tenir informé de l'actualité du pays, dès que je vois ici quelque chose ayant trait à ma langue ou à ma culture je le photographie, et si par hasard je croise un compatriote je ne m'en remets pas. Sauf que, paradoxalement, jamais je ne m'étais dans le même temps senti aussi peu français. Avec les autres étrangers je parle anglais, en cours j'apprends le japonais, et je suis littéralement sous perfusion de mails internationaux.

Peut-être que c'est ça, être un "citoyen du monde".

C'est être invité avec d'autres Français par sa tutrice japonaise le lundi soir, pour aller manger du nabe chez son copain, avec d'autres Japonais. Et passer une excellente soirée, et tenir à dix dans pas davantage de mètres carrés. Et ruiner les Japonais à la bière.

C'est rencontrer le mercredi un professeur de français vivant au Japon depuis bien avant ta naissance, dont le grand-père était propriétaire de l'ancienne usine textile dont le bâtiment abrite maintenant ton école ! Et réaliser que, bordel, le monde c'est pas bien grand.

C'est, presque par accident, prendre part le jeudi à une Thanksgiving Party organisée par la Japan-America Society of Osaka. Et se demander ce que tu fais là, entre le Consul général des Etats-Unis, le patron de Matsushita Electric et un vice-ministre des Affaires Etrangères. Et manger de la dinde et de la pumpkin pie à s'en faire péter le bide, et recevoir la carte de ta voisine américaine qui bosse chez Procter & Gamble. Et finir avec les autres étudiants dans un karaoké.

C'est le vendredi avoir l'intention d'aller à une "Beaujolais Nouveau Party", puis se rendre compte qu'elle est à perpét' vers Kobe. Et tenter de faire oublier à ton ami danois que sa future femme l'a plaqué, et aller avec lui et un Français retrouver deux Japonaises nous emmenant à ce qu'on pense être un festival et qui s'avère être une répétition de chant choral déprimant pour étrangers. Et chanter 15 minutes d'un truc auquel tu ne comprends rien, et repartir en ville pour finir quand même par un verre de Beaujolais à 700 Yen.

C'est avoir rendez-vous le samedi dans un restaurant "arabe" à Kyoto pour fêter l'anniversaire d'une Italienne. Et prévoir une nuit blanche à Umeda, ne serait-ce que pour se promener dans la ville.

C'est sûrement être au final un peu perdu. Et aimer ça.

...et raconter sa vie sur son blog à 5 heures du matin.