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31.03.2008

Death from above

Où il sera question de Nagasaki. Mais pas seulement.

D'abord, le départ pour Kyushu ! Celui-ci s'est fait depuis Yawatahama, petit port de la côte ouest de Shikoku dont la dernière photo du post précédent a pu te donner une vague idée. Direction Beppu, soit un peu plus de 2 heures de traversée. En attendant l'heure de mon ferry, je me promène dans le port. Côté industriel, puis côté traditionnel. Dans les petites rues juste derrière, aussi : je n'ai rien à y faire, et c'est précisément ça qui me plaît.

Quand le ferry lève l'ancre, le soleil décline sur une mer d'huile. Tandis que le bâteau glisse paisiblement vers l'horizon, la côte finit par se perdre au loin dans une légère brume. Très vite, la frontière entre ciel et mer devient floue. La distinction a perdu toute pertinence.

La nuit tombée, je fais connaissance avec l'intérieur du ferry japonais. Et surprise, pas ou peu de sièges. J'aurais dû m'y attendre, on s'assoit par terre. Ai-je dit "par terre" ? Non bien sûr, on n'est pas par terre, mais sur des grands carrés de moquette sur-élevés, où l'on peut sans problème s'allonger et dormir. Mini-coussins cubiques à disposition, et prêt de couverture moyennant finance. Evidemment, le tout sans chaussures.

Au réveil, les lumières de Beppu m'occupent la vue. Cette ville suinte l'artificiel au moins autant que la vapeur d'eau. Car la grande spécialité locale c'est le onsen, ce qui aurait dû me la rendre sympathique. Et pourtant, il suffit de quelques dizaines de mètres dans l'artère principale pour prendre le pouls de la ville, et comprendre que quelque chose cloche. Beppu ? Une ville totalement désincarnée, simple station touristique hypertrophiée. Un endroit terne que l'on n'habite pas.

Je prends tout de même le temps d'aller au Takegawara onsen, afin d'essayer une variante originale : le "bain de sable" ! Cela se passe dans une sorte de petit lopin de terre en intérieur. Le sable est noir et chaud, il fume comme un vrai onsen. On t'a préparé une sorte de tranchée peu profonde où, vêtu tout de même d'un yukata, tu t'allonges. Une employée te recouvre alors de lourd sable au moyen d'une pelle spéciale, jusqu'à ce que seule ta tête dépasse. 10 minutes de relaxation. Puis il faut céder la place : ça tombe bien, je commençais à avoir un peu trop chaud ! Séquence "La nuit des morts-vivants" quand je sors les mains du sable avant de me relever (et de prendre une bonne douche).

Adieu Beppu, bonjour Nagasaki. Encore un long trajet en train. Alors bien sûr, je ne suis pas encore très différent du touriste étranger lambda, et j'aborde ma nouvelle étape à la maigre lumière de ce que j'en sais... à savoir principalement le bombardement atomique du 9 août 1945, consécutif à celui d'Hiroshima. Tout de suite, ça plombe un peu l'ambiance. J'arrive de nuit, et me réserve le musée de la bombe et autres joyeusetés pour le lendemain matin. Mais à l'inverse de Beppu, la ville me parait immédiatement agréable. Et le couple qui tient le minuscule restaurant d'okonomiyaki où j'échoue affamé le premier soir se révèle charmant, une fois la glace brisée.

Matinée bombe. J'ai un peu la boule au ventre avant même d'arriver sur les lieux de visite. Le seul fait de ce dire qu'il s'est passé "ça" ici... ça me travaille. La grande statue du parc de la paix pourrait être ridicule, hors contexte... mais je n'ai pas envie de rire. Plutôt furieusement le sentiment inverse. Non loin, le lieu de la détonation, et cette grande colonne noire. Près d'un ruisseau, une plaque explique que les premières personnes valides arrivées sur les lieux après l'explosion ont trouvé là un immense charnier, où ceux que la bombe n'a pas tué sur le coup venaient mourir en suppliant qu'on leur donne un peu d'eau pour apaiser leurs brûlures.

On apprend au musée de la bombe que la température au sol est montée l'espace d'un instant à près de 4,000°C. Dans un rayon d'un kilomètre, aucune âme à l'air libre n'a survécu : corps carbonisés, fluides corporels vaporisés. Le souffle a détruit tous les bâtiments, avant que les incendies ne prennent le relais. Après quoi, ce sont les radiations qui finissaient le travail. Au total près de 75,000 personnes sont décédées plus ou moins directement de la bombe-H. Je pense très sincèrement que c'a été le pire jour dans l'histoire de l'humanité. Parce que c'était la deuxième fois que ça arrivait, et qu'on savait ce qu'on faisait.

Un tour par le "tori à une jambe", rescapé partiel de la bombe, et je sèche mon torrent de larmes intérieures. L'après-midi, je me promène à Glover Garden, dans ces beaux jardins où l'on a reconstitué des maisons coloniales hollandaises, et où une autre Histoire se rappelle à moi : celle du carrefour civilisationnel qu'a longtemps été Nagasaki. Je profite d'une jolie vue sur la baie. Et d'un coup, alors que je me surprends à apprécier le panorama, les souvenirs de la matinée reviennent comme un boomerang. Il ne peut pas s'agir de la même ville. Qu'est-ce que  63 ans, quand on a un d'un côté l'enfer sur Terre, et de l'autre la ville actuelle ? Ce n'est pas possible, ça ne colle pas. C'est proprement inconcevable, les deux réalités s'excluent mutuellement.

Car vraiment, Nagasaki est une belle ville. Mieux, une ville qui a du charme. Et crois-moi je ne dirais pas ça de beaucoup d'agglomérations au Japon. Il faut voir ces petites maisons agglutinées sur les versants de la montagne, ces grands cimetières à flancs de colline, cette multitude de temples... A la question "Y-a-t-il une vie après la bombe ?", Nagasaki a répondu OUI. Et avec une formidable énergie.

Enfin mon dernier jour fut l'occasion d'une rencontre assez extraordinaire, alors que je me promenais tranquillement pour visiter des temples. Un petit vieux s'est mis à me parler, à me demander d'où je venais, bref le genre de questions habituelles. Puis il a proposé de m'accompagner en haut de la colline. Puis il a tenu à me montrer un autre site. Et de fil en aiguille, il m'a servi de guide toute la journée ! Mieux : il m'a emmené en voiture sur certains lieux (dont le Mont Inasa, qui offre une superbe vue), il m'a invité à déjeûner, et il m'a offert un éventail. Tout ça par pure gentillesse, sans chercher aucune contre-partie.

Je quittais donc à regret cette ville de coeur le lendemain, aux alentours de 6 heures du matin, pour attraper le premier train. Mais manque de chance, les horaires ont changé la veille et je m'emmêle les pinceaux par rapport à ce qui était prévu... je prends du retard, et au bout de plus de 11 heures de train je ne suis arrivé qu'à Hiroshima. Alors je craque, et finis par acheter un ticket de Shinkansen pour une somme indue, afin de pouvoir rallier mon lit à temps.

Pourtant les trains-limaces ont parfois du bon : ainsi le seul groupe de Français que j'ai rencontré durant tout le voyage était dans mon wagon sur la portion Miyajima - Hiroshima. Et dans ce groupe se trouvait une diplômée de mon école, devenue journaliste. Tu imagines un peu la probabilité d'une telle rencontre, dans un train paumé à l'autre bout de la planète... ? Alors au fond... peut-être que c'est vrai. Ouais. Peut-être bien que le monde est tout petit ^^

...et réjouis-toi, d'autres photos et récits d'excursions très bientôt !










25.03.2008

Tout de suite, la suite.

La deuxième partie de mon parcours sur Shikoku t'emmène dans la région de Matsuyama...

Sur le trajet depuis Takamatsu, j'ai pu faire brièvement la connaissance du gaijin de la journée - "Pat", un Canadien vivant dans une petite ville des environs. Le coup classique : il vient visiter le pays, tombe amoureux d'une Japonaise, et finit par s'y installer, la bague au doigt. L'occasion d'ailleurs de réaliser son rêve et d'ouvrir un bar, étant donné la relative facilité d'acquisition des licenses par rapport au Canada ainsi que la faible concurrence dans les environs. J'ai même droit à un flyer. Très sympa, le Pat ^^

A travers la vitre, les paysages mi-montagnes mi-mer intérieure défilent. La matinée aussi. Au loin on aperçoit des cimes encore enneigées, dont celle du Ishizuchi-san. Et surprise à l'arrivée : Matsuyama c'est plutôt pas mal ! Déjà ça a l'air relativement grand et dynamique : moi qui m'apprêtais après seulement 3 jours à cataloguer Shikoku comme étant un vieux bout de Japon rouillé, j'étais stoppé net dans mon élan. Et puis surtout, l'organisation de la ville est intéressante, puisque centrée autour de son château, perché sur une grande colline. Alors ça n'est pas original en soi, mais le contraste entre l'activité bouillonnante des artères principales et le calme olympien de la forêt directement adjacente et qui domine la ville lui donne une atmosphère particulière.

Que faire à Matsuyama ? Eh bien déjà aller voir ce château, pardi ! Un détour apaisant par les jardins situés en contrebas de celui-ci est plus que recommandé, avant d'entamer la courte ascencion. Mais attarde-toi surtout sur la grande esplanade en haut, face au château, pour profiter de la vue renversante sur la ville et ses alentours. De la mer, de la montagne, encore et toujours. Mais quand c'est si beau, qui s'en plaindrait ?

En redescendant, je saute dans le vieux tramway du coin. Ca grince et craque de partout, on est au moins en 1970 - ça me plaît. Très vite j'arrive à ma nouvelle destination, le Dogo onsen, soit l'un des plus anciens bains publics du Japon. Situé dans un bâtiment traditionnel, et très touristique, on trouve bien sûr quantité de magasins de souvenirs à proximité, mais le charme est tout de même là. Il fait nuit depuis un moment, pourtant presque tous les passants sont en yukata... étant donné qu'ils vont au onsen ou bien en reviennent. L'intérieur du bâtiment est intéressant, on y utilise encore des vieux casiers en bois, et sans être spectaculaire le bain tout en vieille pierre dispose d'une jolie fresque représentant Bouddha. Pour l'anecdote, le Dogo onsen a servi de modèle au bâtiment principal du film "Le Voyage de Chihiro" ^^

Le lendemain, direction Kashima, un petit caillou de végétation situé non loin et accessible par bâteau, même si on pourrait s'y rendre à la nage étant donné sa proximité du rivage. Pas grand chose à voir, mais un calme appréciable vu que j'étais quasi seul sur l'île, à part un groupe de gamins à casquettes jaunes. Arrêt ensuite à Uchiko, village aux maisons particulièrement pittoresques. Et arrivée à Uwajima, où je passe la nuit.

La ville est célèbre notamment pour ses combats de taureaux, mais ce n'était pas la bonne période. Toutefois la découverte des premières sakura de l'année sur l'esplanade du château aura plus que compensé ! Je ne m'attendais absolument pas à voir des cerisiers en fleur dès avant la mi-mars. Ciel bleu, endroit quasi désert surplombant comme d'habitude la ville, avec mer et montagne à l'horizon. Et au milieu, cette poignée de grands arbres pleins de fleurs d'un rose tendre. Une fine pluie de pétales tombe parfois, à cause des petits oiseaux qui viennent y jouer. Instants clichés, mais magiques.

...prochainement la traversée en ferry jusqu'à Kyushu, avec Beppu et Nagasaki ^^









21.03.2008

Le Japon d'en bas (et moi)

Sortir de ma bulle, et regarder le Japon dans les yeux : tel était en quelque sorte le but de mon escapade solitaire. Sauf que très vite, l'objet d'étude s'est inversé, et c'est le Japon qui s'est mis à vouloir sonder mon âme d'étranger. Sans doute dans le secret espoir d'y découvrir quelque mystère, quelque vérité cachés là et oubliés par le temps. Toujours est-il que sur les 6 jours passés à Shikoku, je n'ai pas croisé plus de 7 ou 8 "occidentaux". Le premier jour, à Takamatsu, je n'en ai tout simplement pas vu.

On comprend mieux dans ces conditions pourquoi tout au long du voyage (légèrement moins sur Kyushu) j'ai autant attiré les regards. Il y a le regard curieux, surpris, étonné. Le regard bienveillant, amical, qui aimerait engager la conversation. Mais aussi le regard froid, distant, oblique. Tout comme il y a ce retraité qui visitait le Zentsu-ji, et qui, brûlant sans doute de sortir son anglais du placard, est venu m'aborder. M'efforçant autant que possible de répondre en japonais, j'entendais les autres passants s'émerveiller entre eux : "ohhh, il parle japonais !". Quand un autre papy a rejoint la conversation, j'ai préféré m'éclipser avant que ça ne tourne à l'émeute : j'étais l'étranger qui parlait japonais. Et puis à l'inverse un peu plus tard, je ne sais pas au juste si on a réellement voulu m'écraser ou si on m'a juste brutalement refusé la priorité... toujours est-il que mamie n'avait pas l'air très zen au volant : j'étais le sale étranger.

Mais prenons les choses dans l'ordre, veux-tu. Debout avant le soleil le premier jour, j'arrivais légèrement après lui à la gare JR d'Osaka. Je partais en vacances, toutes voiles dehors. Avec tellement d'enthousiasme d'ailleurs que, plutôt que d'attendre l'horaire inscrit sur mon planning, j'ai sauté dans le premier train venu. Ce qui me vaudra ensuite de rater mon changement et de prendre plusieurs heures de retard et d'attente dans des gares que la carte ne mentionne même pas. J'aurai aussi appris que Bitchu-Takamatsu est un charmant village, mais qu'il n'a rien à voir avec Takamastu tout court : heureusement le trajet n'était pas long, et rebrousser chemin n'aura pris qu'une heure de plus ^^

Tu l'auras compris, le train était l'autre élément problème récurrent. Au départ donc, on s'emmêle un peu dans les lignes, les correspondances et les noms de stations, mais rien de grave. Non, la vraie plaie, c'est le ticket que tu as acheté pour voyager pas cher, le fameux "ju-hachi kippu". Car il ne couvre que les trains "locaux", autrement dit les vieilles michelines diesel qui s'arrêtent à toutes les stations, faisant de préférence des pauses de 15 minutes en rase campagne - ouais je me disais bien qu'on allait un peu vite là. Et j'exagère à peine, j'ai effectivement eu affaire à des ancêtres mono-wagon fumant comme un onsen, qui tenaient plus de l'omnibus que du train proprement dit...

Premier jour à Takamatsu donc, ville comme toujours au Japon assez moche mais dans une bonne moyenne. Si son château, enfin ce qu'il en reste, n'a rigoureusement aucun intérêt, le grand Ritsurin-Koen est en revanche un très beau parc, dans le plus pur style japonais. A défaut de cerisiers, j'ai déjà pu y voir les pruniers en fleurs. Dommage que j'ai manqué d'un brin de soleil supplémentaire. Soleil que je voulais voir se coucher depuis Yashima, un plateau qui surplombe la cité... mais la course effreinée de 45 minutes dans laquelle je me suis lancé pour gravir la montagne aura surtout réussi à me faire boîter pendant le restant du voyage, parce que bordel c'était raide, et que j'ai un peu forcé. J'ai tout de même pu apprécier la vue de nuit, charmante aussi. En tout cas plus que la redescente hasardeuse, tout seul dans le noir !

Il y eut ensuite le deuxième jour Marugame, et son joli (petit) château perché sur la colline, d'où on apercevait à l'horizon le Seto-ohashi, ce pont dantesque qui enjambe la mer intérieure : quand on passe dedans en train, on a l'impression de voler au-dessus de l'eau turquoise... on coiffe même de petits îlots. Marugame aussi et son musée de l'éventail traditionnel, instructif mais surtout prétexte à un achat-souvenir. Et puis le Zentsu-ji, le plus grand des "88 temples" de Shikoku, lesquels forment un chemin de pélerinage encore très populaire pour les Japonais. Et puis encore le Kompira-san, à Kotohira, cette sublime montagne parsemée de temples, à gravir lentement et de préférence armé en guise de bâton de marche d'un bambou loué pour l'occasion, pour se mettre dans l'esprit. Divin. Enfin, au troisième jour, incursion au centre de Shikoku, dans la vallée d'Iya : traverser le Kazura-bashi, un pont de lianes tendu 30 mètres au-dessus d'une rivière, c'est vraiment flippant quand il y a plus de vide que de bois là où tu mets les pieds... heureusement, un onsen avec vue sur les montagnes se trouve non loin, pour te remettre de ces émotions ^^

Mais je ne m'attarde pas, sous peine de t'assommer de détails. Place aux photos ! Et crois-moi j'ai eu du mal à faire le tri, tant chaque cliché est une trahison vis-à-vis du charme originel de tous ces endroits...

...à suivre !












18.03.2008

- Interlutte -

Pour te faire patienter (languir ?) un peu avant le récit et les photos de Shikoku / Kyushu, interlude... sumo ! Parce qu'il n'aurait pas été concevable de passer un an ici sans m'intéresser à ce sport si intriguant, je suis donc allé assister hier au tournoi d'Osaka, qui se déroule sur 2 semaines et prendra fin samedi.

Lever aux aurores pour arriver dès le début des hostilités, à 8h30. Sauf que les matchs "sérieux" avec les stars ne commençaient en fait qu'en milieu d'après-midi. Ca nous aura au moins offert une large pause déjeûner ! La salle était donc au départ quasi vide, et nous avons eu tout loisir de venir aux premiers rangs juste à côté du ring, afin de mieux jauger ces "phénomènes de foire". Mais je t'arrête tout de suite : le sumo ne se résume pas à des "combats de types obèses aux chignons gominés", ainsi que l'avait décrit il y a quelques années de cela une certaine personne de petite taille, aujourd'hui haut placée. Certes je ne te ferai pas croire non plus que j'arrivais vierge de tout préjugé... c'est vrai que, quand tu vois la tronche ou la corpulence de certains, tu as du mal à ne pas pouffer, ou pousser du coude ton voisin l'air de dire "haha regarde un peu celui-là, il lui faut un passeport pour chaque fesse !"...

Pourtant, passé l'aspect "freak show", il reste quelque chose d'indéfinissable. Une prestance, une dignité, une force... qui inspirent un profond respect. Parce qu'il n'est pas simplement question de deux gros types nus ou presque qui essayent de se pousser hors d'un cercle ou de se faire tomber. Il y a tout un cérémonial, toute une symbolique autour de ça. Tu as les 5 juges, répartis sur chaque côté du dohyo (le ring), impassibles, assis dans leur grand kimono noir. Tu as le gyoji (l'arbitre), présent en permanence aux côtés des lutteurs, criant tout au long du combat pour les encourager. Il est paré de différents attributs et vêtu d'un kimono dont la couleur et les motifs -toujours magnifiques- changent selon les catégories.

Mais tu as aussi et surtout tout le rituel qui précède le combat proprement dit. En premier lieu, une cérémonie d'ouverture se joue pour chaque nouvelle catégorie de lutteurs, à laquelle tous prennent part. Puis seulement 3 d'entre eux, avec une série de mouvements exécutés par le plus titré. Vient après cela le temps des joutes en elles-mêmes. Un orateur monte d'abord sur le ring pour chanter -si si- le nom des deux opposants : "HiiIIIgashiiIIii... NiiiIIIshiii..." ("Est" et "Ouest", les deux côtés du dohyo, un peu comme on dirait "à ma droite... et à ma gauche..."). Les rikishi (les lutteurs, "sumo" étant le nom de la discipline) doivent ensuite accomplir une série de mouvements codifiés, qui inclue par exemple ces fameux balanciers avec les jambes pour taper du pied, ou encore, pour les rangs les plus élevés, le jet d'une poignée de sel pour purifier le dohyo. Tout ça est souvent répété jusqu'à prendre de longues minutes, pour des joutes qui ne durent généralement pas plus de 10 à 30 secondes. Ca peut paraître disproportionné, et ça l'est : le sumo joue sur la tension et l'attente, et les matchs en eux-mêmes sont des moments extrêmement intenses. Il faut dire que chaque rikishi ne fait qu'un seul combat par jour ! Tu imagines donc la pression qu'ils ont sur les épaules, quand tout se joue en si peu de temps.

Et puis il ne faut pas croire que tout repose uniquement sur le poids des adversaires, puisque précisément il n'y a pas de catégorie de poids (eh non), seulement un système de rangs par niveau. Le sumo est donc un sport à part entière, avec de sacrés muscles sous les bourrelets, et bien sûr avec ses techniques propres. Les opposants peuvent ainsi feinter à loisir, tenter différentes prises (on en dénombre parait-il 70) au niveau du mawashi (la ceinture), et bien sûr jouer sur la psychologie et l'intimidation. Parfois l'étreinte s'éternise voire s'immobilise et aucun des rikishi ne semble céder, attendant une réaction de l'autre pour le contrer. Ou à l'inverse le moment opportun pour créer la surprise ! La surprise, qui peut également venir au tout début du combat, où un peu comme sur un 100 mètres, une bonne impulsion de départ peut donner un avantage décisif pour renverser l'adversaire et amener à une victoire ultra-rapide... ou au contraire provoquer une chute en avant humiliante, si l'autre fait un pas de côté !

Pour ce qui est du dohyo en lui-même, il est en dur, fait d'un genre de terre cuite à peine recouvert d'un peu de sable. Tu me diras, les rikishi ont de quoi amortir leurs chutes (parfois complètement en dehors du dohyo jusqu'à manquer d'écraser les juges ^^), et tu n'auras pas tort. Le sable en lui-même est régulièrement balayé par des assistants présents à cet effet. Il est également arrosé de temps en temps pour éviter de voler ou de faire trop de poussière, je suppose, tandis qu'au-dessus du dohyo se trouve ce toit symbolique, similaire à celui d'un temple shinto. Autre détail amusant, lors des derniers matchs de la journée, qui sont les plus importants et font salle comble, le sumo fait une étonnante concession au monde moderne en passant... de la publicité ! Mais attention, de la publicité traditionnalisée, sous forme de grands étendards esthétisés, portés par d'autres assistants, qui défilent en rond autour du dohyo pendant que les rikishi suivants se préparent ! Assez surréaliste ^^

Enfin, je ne peux pas ne pas te parler du public. Il est parti prenant dans chaque combat -il faut voir comme le 1er rang est presque littéralement collé au dohyo, juste derrière les juges-. La foule attend les super-stars (les yokozuna, catégorie la plus haute dont seuls 2 rikishi en exercice font partie) dès leur arrivée devant la salle avec un enthousiasme débordant... on croirait un peu la montée des marches à Cannes ! Et il faut dire que quand on voit même des lutteurs de catégories très inférieures se promener en ville aux alentours du lieu de compétition dans leurs yukata aux couleurs pastels, on comprend l'engouement du public pour ces gros nounours, et leur statut de demi-dieux.

Dans la salle on trouve d'une part des tribunes à l'occidentale, avec des sièges classiques, mais aussi des sortes de petites loges très simples séparées par des barres métalliques, où on sont disposés 4 coussins sur lesquels autant de personnes peuvent s'asseoir à la japonaise. De plus, bien qu'il soit interdit de manger dans l'enceinte du bâtiment, tout le monde le fait. On n'hésite pas à apporter son petit bento (genre de plateau repas) et sa bière, même si du thé est servi pour les spectateurs assis dans les "loges". Des vendeuses viennent même proposer des glaces !

Enfin, bien évidemment, on applaudit et on n'hésite pas à encourager son rikishi favori. Certes le sumo a beaucoup pâti, même dans son pays d'origine, de son image de sport muséeifié : un nombre non négligeable de touristes étaient présents, et surtout une nette majorité de retraités constituaient le gros du public -même si c'est un peu normal en semaine-. Pourtant on trouvait quand même dans les tribunes quelques jeunes voire très jeunes. Par exemple ce groupe d'écoliers, agitant leurs drapeaux japonais avec une bonne humeur communicative. Ou ce gamin de même pas 5 ans que l'on entendait crier tout excité, de sa petite voix fluette, "Kazakura gambareee !" ("allez Kazakura !") ^^

Alors crois-le ou pas, mais une fois dans l'ambiance, on n'a vraiment pas envie que ça s'arrête. Pas addictif, mais... presque. Ouais, le sumo, ça claque !

...en espérant t'avoir documenté un peu sur cette discipline injustement caricaturée ^^





16.03.2008

Back in town

Des détails bientôt. Et franchement ça tue la gueule, alors j'espère que t'es bien accroché à ton slip.

...rah zut je voulais faire une annonce classe. Caramba, encore raté ^^

06.03.2008

Long distance call

Voilà, très grossièrement, le programme des 10 prochains jours. Départ demain à la première heure depuis Osaka, direction Shikoku puis Kyushu ! Etant donné que je pars seul et avec le handicap linguistique que tu connais, je pense que j'aurai quelques anecdotes à raconter au retour ^^

...c'est parti pour de longues heures de train local, youhou !

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