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18.03.2008
- Interlutte -

Pour te faire patienter (languir ?) un peu avant le récit et les photos de Shikoku / Kyushu, interlude... sumo ! Parce qu'il n'aurait pas été concevable de passer un an ici sans m'intéresser à ce sport si intriguant, je suis donc allé assister hier au tournoi d'Osaka, qui se déroule sur 2 semaines et prendra fin samedi.
Lever aux aurores pour arriver dès le début des hostilités, à 8h30. Sauf que les matchs "sérieux" avec les stars ne commençaient en fait qu'en milieu d'après-midi. Ca nous aura au moins offert une large pause déjeûner ! La salle était donc au départ quasi vide, et nous avons eu tout loisir de venir aux premiers rangs juste à côté du ring, afin de mieux jauger ces "phénomènes de foire". Mais je t'arrête tout de suite : le sumo ne se résume pas à des "combats de types obèses aux chignons gominés", ainsi que l'avait décrit il y a quelques années de cela une certaine personne de petite taille, aujourd'hui haut placée. Certes je ne te ferai pas croire non plus que j'arrivais vierge de tout préjugé... c'est vrai que, quand tu vois la tronche ou la corpulence de certains, tu as du mal à ne pas pouffer, ou pousser du coude ton voisin l'air de dire "haha regarde un peu celui-là, il lui faut un passeport pour chaque fesse !"...
Pourtant, passé l'aspect "freak show", il reste quelque chose d'indéfinissable. Une prestance, une dignité, une force... qui inspirent un profond respect. Parce qu'il n'est pas simplement question de deux gros types nus ou presque qui essayent de se pousser hors d'un cercle ou de se faire tomber. Il y a tout un cérémonial, toute une symbolique autour de ça. Tu as les 5 juges, répartis sur chaque côté du dohyo (le ring), impassibles, assis dans leur grand kimono noir. Tu as le gyoji (l'arbitre), présent en permanence aux côtés des lutteurs, criant tout au long du combat pour les encourager. Il est paré de différents attributs et vêtu d'un kimono dont la couleur et les motifs -toujours magnifiques- changent selon les catégories.
Mais tu as aussi et surtout tout le rituel qui précède le combat proprement dit. En premier lieu, une cérémonie d'ouverture se joue pour chaque nouvelle catégorie de lutteurs, à laquelle tous prennent part. Puis seulement 3 d'entre eux, avec une série de mouvements exécutés par le plus titré. Vient après cela le temps des joutes en elles-mêmes. Un orateur monte d'abord sur le ring pour chanter -si si- le nom des deux opposants : "HiiIIIgashiiIIii... NiiiIIIshiii..." ("Est" et "Ouest", les deux côtés du dohyo, un peu comme on dirait "à ma droite... et à ma gauche..."). Les rikishi (les lutteurs, "sumo" étant le nom de la discipline) doivent ensuite accomplir une série de mouvements codifiés, qui inclue par exemple ces fameux balanciers avec les jambes pour taper du pied, ou encore, pour les rangs les plus élevés, le jet d'une poignée de sel pour purifier le dohyo. Tout ça est souvent répété jusqu'à prendre de longues minutes, pour des joutes qui ne durent généralement pas plus de 10 à 30 secondes. Ca peut paraître disproportionné, et ça l'est : le sumo joue sur la tension et l'attente, et les matchs en eux-mêmes sont des moments extrêmement intenses. Il faut dire que chaque rikishi ne fait qu'un seul combat par jour ! Tu imagines donc la pression qu'ils ont sur les épaules, quand tout se joue en si peu de temps.
Et puis il ne faut pas croire que tout repose uniquement sur le poids des adversaires, puisque précisément il n'y a pas de catégorie de poids (eh non), seulement un système de rangs par niveau. Le sumo est donc un sport à part entière, avec de sacrés muscles sous les bourrelets, et bien sûr avec ses techniques propres. Les opposants peuvent ainsi feinter à loisir, tenter différentes prises (on en dénombre parait-il 70) au niveau du mawashi (la ceinture), et bien sûr jouer sur la psychologie et l'intimidation. Parfois l'étreinte s'éternise voire s'immobilise et aucun des rikishi ne semble céder, attendant une réaction de l'autre pour le contrer. Ou à l'inverse le moment opportun pour créer la surprise ! La surprise, qui peut également venir au tout début du combat, où un peu comme sur un 100 mètres, une bonne impulsion de départ peut donner un avantage décisif pour renverser l'adversaire et amener à une victoire ultra-rapide... ou au contraire provoquer une chute en avant humiliante, si l'autre fait un pas de côté !
Pour ce qui est du dohyo en lui-même, il est en dur, fait d'un genre de terre cuite à peine recouvert d'un peu de sable. Tu me diras, les rikishi ont de quoi amortir leurs chutes (parfois complètement en dehors du dohyo jusqu'à manquer d'écraser les juges ^^), et tu n'auras pas tort. Le sable en lui-même est régulièrement balayé par des assistants présents à cet effet. Il est également arrosé de temps en temps pour éviter de voler ou de faire trop de poussière, je suppose, tandis qu'au-dessus du dohyo se trouve ce toit symbolique, similaire à celui d'un temple shinto. Autre détail amusant, lors des derniers matchs de la journée, qui sont les plus importants et font salle comble, le sumo fait une étonnante concession au monde moderne en passant... de la publicité ! Mais attention, de la publicité traditionnalisée, sous forme de grands étendards esthétisés, portés par d'autres assistants, qui défilent en rond autour du dohyo pendant que les rikishi suivants se préparent ! Assez surréaliste ^^
Enfin, je ne peux pas ne pas te parler du public. Il est parti prenant dans chaque combat -il faut voir comme le 1er rang est presque littéralement collé au dohyo, juste derrière les juges-. La foule attend les super-stars (les yokozuna, catégorie la plus haute dont seuls 2 rikishi en exercice font partie) dès leur arrivée devant la salle avec un enthousiasme débordant... on croirait un peu la montée des marches à Cannes ! Et il faut dire que quand on voit même des lutteurs de catégories très inférieures se promener en ville aux alentours du lieu de compétition dans leurs yukata aux couleurs pastels, on comprend l'engouement du public pour ces gros nounours, et leur statut de demi-dieux.
Dans la salle on trouve d'une part des tribunes à l'occidentale, avec des sièges classiques, mais aussi des sortes de petites loges très simples séparées par des barres métalliques, où on sont disposés 4 coussins sur lesquels autant de personnes peuvent s'asseoir à la japonaise. De plus, bien qu'il soit interdit de manger dans l'enceinte du bâtiment, tout le monde le fait. On n'hésite pas à apporter son petit bento (genre de plateau repas) et sa bière, même si du thé est servi pour les spectateurs assis dans les "loges". Des vendeuses viennent même proposer des glaces !
Enfin, bien évidemment, on applaudit et on n'hésite pas à encourager son rikishi favori. Certes le sumo a beaucoup pâti, même dans son pays d'origine, de son image de sport muséeifié : un nombre non négligeable de touristes étaient présents, et surtout une nette majorité de retraités constituaient le gros du public -même si c'est un peu normal en semaine-. Pourtant on trouvait quand même dans les tribunes quelques jeunes voire très jeunes. Par exemple ce groupe d'écoliers, agitant leurs drapeaux japonais avec une bonne humeur communicative. Ou ce gamin de même pas 5 ans que l'on entendait crier tout excité, de sa petite voix fluette, "Kazakura gambareee !" ("allez Kazakura !") ^^
Alors crois-le ou pas, mais une fois dans l'ambiance, on n'a vraiment pas envie que ça s'arrête. Pas addictif, mais... presque. Ouais, le sumo, ça claque !
...en espérant t'avoir documenté un peu sur cette discipline injustement caricaturée ^^





18:24 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sumo, freak show, sport qui claque







Commentaires
"et surtout une nette majorité de retraités constituaient LE GROS DU PUBLIC" haha :-P
Ecrit par : The Sheep | 19.03.2008
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