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26.11.2007

(Not) Alone in Kyoto

C'était prévu de longue date, je ne pouvais pas ne pas aller à Kyoto en cette période de momiji. Seulement figure-toi qu'on était plusieurs à avoir eu la même idée. Et pas plusieurs genre 3 tondus et 1 pelé, nan. Plusieurs genre la moitié du Japon et la quasi-totalité des touristes actuellement présents sur le territoire nippon. Du coup ça nuit un peu au charme -pourtant évident- de la ville...

Surtout quand tu dois retrouver des gens sur place, que tu galères dans la foule pour trouver ton bus, et que finalement malgré les indications avisées de Clémence au téléphone tu te plantes dans les kanjis du temple (mais ça tu ne le sais pas encore) et qu'au final tu visites le Ginkakuji (銀閣寺), Pavillon d'argent, au lieu du Kinkakuji (金閣寺), Pavillon d'or, tout en te demandant ce que peuvent bien foutre les autres et pourquoi tu les as pas vus à l'entrée. M'enfin c'était très joli quand même, hein ^^

Et puis j'ai aussi pu constater lors de cette brève escapade kyotoïte que le traffic à l'intérieur de la ville était une catastrophe. Sans doute comparable au périphérique parisien à 8 heures du mat' un jour de grève RATP. Pour te dire, je suis revenu vers la gare à pied, histoire de me balader un peu. Ben ça m'a peut-être pris 1h30, n'empêche que j'ai dépassé 3 des bus n°203 over-bondés que j'aurais dû prendre. J'étais pas mécontent de mon choix.

Bilan : Kyoto ça a l'air super, mais alors s'il te plaît Papa Noël, à l'avenir il faudra penser à mettre un peu moins de gens dedans. Merci.

Bon, ça c'était samedi. Mais reprenons les événements dans l'ordre, si ça ne te fait rien. Vendredi (jour férié) j'étais à Nara ! ...c'est-à-dire là où l'autre moitié du Japon s'était donnée rendez-vous, ainsi que les 3 touristes et demi restants.

Alors Nara, c'est aussi une ex-capitale japonaise. Seulement si Kyoto l'a été jusqu'en 1868, pour Nara ça remonte à une époque beaucoup plus ancienne et la période concernée est très courte. Aujourd'hui c'est une ville moyenne bien que très touristique, située également dans le Kansai à l'est d'Osaka, et avec là aussi un très riche patrimoine historique.

Pourtant ce n'est pas ainsi qu'on te "vendra" Nara la plupart du temps. Non, ici le gros truc à merchandising bordélique comme les Japonais savent si bien faire, ce sont les biches de Nara. Pardon, les cerfs sikas... enfin les biches, quoi. Sous forme de peluches, de porte-clefs, voire de petites serviettes Disney avec un Pluto déguisé en cerf, on essayera par tous les moyens de te refourguer de la biche de Nara.

Alors évidemment quand tu te retrouves dans le grand parc avec toutes ces biches en liberté, c'est vraiment chouette. Et puis au bout de 2 minutes tu réalises qu'elles n'ont rien de sauvage et ne s'intéressent à toi que pour ta bouffe (qu'on te vend un peu partout, viendez nourrir les biches jusqu'à ce qu'elles vous gerbent dessus). Donc c'est joli, c'est mignon... mais tellement artificiel.

Artificiel, je crois que c'est un terme qui colle assez bien au Japon. Il s'applique également à la plupart des temples que tu pourras voir ici. Situé non loin de Nara, le Horyuji, prétendument la plus ancienne structure en bois au monde, ne fait pas exception. Plus rien ou presque n'est d'origine, la faute aux séismes et aux incendies. Mais on fait comme si. Il suffit d'y croire.

Bon je voudrais pas donner l'impression de virer blasé (parce que c'est vraiment pas le cas), alors venons-en au Temple avec un grand T, toujours à Nara... j'ai nommé le Todaiji ! Le père de tous les temples, celui qui les enterre tous grâce à un bâtiment principal proprement gigantesque. Le plus grand bâtiment en bois au monde : crois-moi, c'est massif. Ce qui est flippant c'est de savoir que, comme lui aussi a été détruit plusieurs fois pour le même type de raison que le Horyuji, il a été reconstruit... et qu'il était 30% plus grand *avant*. Mais surtout, il te faut savoir que le Todaiji abrite... un Bouddha géant. Lequel mesure pas moins de 15 mètres de haut. Pour te donner une idée tu fais la taille d'un de ses doigts. C'est paraît-il le 3e plus grand au monde, les 2 premiers étant en Inde.

. <--- absence de transition

Sinon, ce week-end ayant été bien rempli, j'ai aussi visité un peu le sud d'Osaka. Notamment Den-Den Town, le fameux quartier de l'électronique, dont les magasins regorgent par ailleurs de figurines, mangas et animes pornos. Et aussi un petit restaurant de sushis pas mauvais, tout en longueur type comptoir, comme on en trouve beaucoup. Et on a fait des purikura, ces photomatons de groupe débiles dont les jeunes Japonais(es) sont fans. Et, bien sûr, j'ai encore fait quelques achats inutiles pour décorer ma chambre... ^^

...et c'est loin d'être fini !










22.11.2007

Cold sun of circumstance

Je ne vais pas faire semblant d'avoir en permanence une vie trépidante : cette semaine, il ne s'est pas passé grand chose.

Une très bonne soirée samedi tout de même. D'abord un restaurant à Kyoto, l'Arabian Rock... il fallait voir le décor "Mille et une nuits", la topographie étrange des tables toutes séparées par des vrai-faux murs façon casbah, les costumes des serveuses à base de turbans noirs pailletés enroulés sur la tête, les guirlandes de petites LEDs bleutées qui couraient partout... on ne s'y croyait pas vraiment (la nourriture, à mon petit niveau, avait tout de japonais) mais on était très certainement ailleurs.

Après, retour à Osaka. Une petite heure dans un pub irlandais à Shinsaibashi. Et en boîte jusqu'à 5 heures du matin, de toute façon on ne pouvait pas rentrer avant. Boîte dont les DJ ont d'ailleurs trouvé le moyen de passer Martin Solveig, Daft Punk, et Bob Sinclar à la suite... était-on vraiment au Japon ? Pas si sûr, à en juger par le nombre d'étrangers qui étaient pour une fois visibles.

Niveau cours, les choses se corsent pas mal. Beaucoup à mémoriser. J'ai bon espoir de pouvoir commencer à m'exprimer et/ou à comprendre un peu autrement que par mots isolés d'ici Noël.

Dans le dortoir, la vie est calme. Sune se bourre la gueule pour oublier. Robert m'a mis minable à Soul Calibur. Clémence apprend à Ramon (le Brésilien) à jouer de la flûte.

Le froid aidant, l'invasion de punaises semble terminée. C'est en fait le sort de tous nos insectes qui devrait être réglé jusqu'en mars prochain : tant mieux, Malte venait de trouver un mukade dans sa chambre. Du coup il s'est barricadé à grand renfort de filtres posés sur l'aération, la climatisation, et en bas de sa porte (avec un panneau explicatif). Et on s'est bien marrés.

Demain est un jour férié (fête du travail, si j'ai bien suivi). Quelque chose me dit que tu auras donc très bientôt des photos de Kyoto et/ou de Nara ^^

...et bordel qui m'a piqué un nikuman dans le frigo ?








16.11.2007

Citizen of the world

C'est un sentiment étrange que celui de l'appartenance à un groupe, à une communauté. Je crois que pour pouvoir pleinement le ressentir, il faut précisément s'en extraire. Jamais je ne m'étais senti aussi français avant de venir au Japon. J'essaye de me tenir informé de l'actualité du pays, dès que je vois ici quelque chose ayant trait à ma langue ou à ma culture je le photographie, et si par hasard je croise un compatriote je ne m'en remets pas. Sauf que, paradoxalement, jamais je ne m'étais dans le même temps senti aussi peu français. Avec les autres étrangers je parle anglais, en cours j'apprends le japonais, et je suis littéralement sous perfusion de mails internationaux.

Peut-être que c'est ça, être un "citoyen du monde".

C'est être invité avec d'autres Français par sa tutrice japonaise le lundi soir, pour aller manger du nabe chez son copain, avec d'autres Japonais. Et passer une excellente soirée, et tenir à dix dans pas davantage de mètres carrés. Et ruiner les Japonais à la bière.

C'est rencontrer le mercredi un professeur de français vivant au Japon depuis bien avant ta naissance, dont le grand-père était propriétaire de l'ancienne usine textile dont le bâtiment abrite maintenant ton école ! Et réaliser que, bordel, le monde c'est pas bien grand.

C'est, presque par accident, prendre part le jeudi à une Thanksgiving Party organisée par la Japan-America Society of Osaka. Et se demander ce que tu fais là, entre le Consul général des Etats-Unis, le patron de Matsushita Electric et un vice-ministre des Affaires Etrangères. Et manger de la dinde et de la pumpkin pie à s'en faire péter le bide, et recevoir la carte de ta voisine américaine qui bosse chez Procter & Gamble. Et finir avec les autres étudiants dans un karaoké.

C'est le vendredi avoir l'intention d'aller à une "Beaujolais Nouveau Party", puis se rendre compte qu'elle est à perpét' vers Kobe. Et tenter de faire oublier à ton ami danois que sa future femme l'a plaqué, et aller avec lui et un Français retrouver deux Japonaises nous emmenant à ce qu'on pense être un festival et qui s'avère être une répétition de chant choral déprimant pour étrangers. Et chanter 15 minutes d'un truc auquel tu ne comprends rien, et repartir en ville pour finir quand même par un verre de Beaujolais à 700 Yen.

C'est avoir rendez-vous le samedi dans un restaurant "arabe" à Kyoto pour fêter l'anniversaire d'une Italienne. Et prévoir une nuit blanche à Umeda, ne serait-ce que pour se promener dans la ville.

C'est sûrement être au final un peu perdu. Et aimer ça.

...et raconter sa vie sur son blog à 5 heures du matin.





10.11.2007

Et au milieu coule une rivière...

Jeudi matin, 9h. Départ -ponctuel, évidemment- du bus, ou plus exactement des 3 bus venus chercher la presque centaine d'étudiants que nous sommes. Nous partons pour 2 jours de "study tour" dans la préfecture de Fukui, de l'autre côté du Japon. Je ne le sais pas encore, mais ce voyage me réserve quantité de (bonnes) surprises ^^

Première d'entre elles, en plus des professeurs et personnels de la fac, nous avons une hôtesse dans chaque bus. Une dame tout de bleu vêtue qui s'empare du micro plus souvent qu'à son tour et se plante à l'avant du bus au milieu du couloir pour commenter chaque détail du paysage (qu'il soit ou non caché par le mur d'enceinte qui longe de larges portions de route). Amusant, bien qu'un peu saoulant à la longue. Elle se charge aussi de nous expliquer chaque étape du voyage, chaque visite, l'heure à laquelle repart le bus...

3 heures de route et un déjeûner plus tard, nous arrivons au Eiheiji, "temple de la paix éternelle". Situé dans les montagnes non loin de la côte ouest, bordée par la Mer du Japon, c'est l'un des deux grands temples du Bouddhisme Zen. Les moines y restent aujourd'hui en moyenne 2 à 3 ans. Bon je ne vais pas te faire un cours sur la vie monastique -j'en serais bien incapable-, en revanche je peux te montrer quelques photos (cf. plus bas). Et y a pas à dire, c'est BEAU. Le cadre, les bâtiments, un soleil généreux et des couleurs d'automne, une ambiance évidemment "zen"... le lieu a beau être touristique (tourisme nippon essentiellement), il est toujours actif et ne perd rien de sa splendeur. Attention toutefois, comme dans tout lieu japonais traditionnel, c'est déchaussé que tu visiteras !

16h. Il nous faut déjà repartir en direction de l'hôtel où nous passerons la soirée, puis bien sûr la nuit. Sauf que "l'hôtel" en question est tout sauf un hôtel au sens occidental du terme : c'est un ryokan, auberge traditionnelle nippone, elle aussi idéalement située entre 2 montagnes dans la bien nommée ville de "Yamanaka".

A peine arrivons-nous par petits groupes dans nos spacieuses chambres, qu'une employée à l'habit on ne peut plus traditionnel vient nous servir le thé. Sympathique attention que nous apprécions dans un silence quasi-religieux. Et cela sans compter que la chambre en elle-même est une curiosité, puisque le sol est entièrement fait de tatamis et que les portes coulissent, dans le plus pur style japonais. La vue donne sur un versant montagneux boisé tout proche, et devant nous coule une rivière. Un léger vent d'extase souffle en moi. Et je n'ai encore rien vu.

Très vite, notre bienfaitrice s'éclipse. C'est pour mieux nous permettre d'enfiler nos propres yukata ! Car oui, nous avons également droit à une tenue traditionnelle. On réfléchit quelques instants pour le mettre dans le bon sens (gauche sur droite et non l'inverse, même si au départ on s'était plantés comme tu pourras le remarquer plus bas ^^). Et voilà, une saisissante métamorphose s'est opérée.

18h30, rendez-vous dans la salle commune pour le dîner. Là encore, tatamis au sol, et c'est pieds nus que nous nous installons chacun à genous devant notre table personnelle. Il y a beaucoup trop de plats, de bols, de petites assiettes différentes pour y comprendre quelque chose ou savoir quoi manger dans quel ordre ! Les employées passent devant nous régulièrement, tout d'abord pour allumer deux bougies sous une soupe et un plat de riz, puis pour nous servir à boire (de la bière Asahi, s'il vous plaît !) et vérifier que tout se passe pour le mieux. Mes jambes pliées s'engourdissent et je ne sais pas mettre un nom sur la moitié de ce que j'avale. Ce n'est même pas toujours vraiment bon, c'est souvent juste très bizarre. Et pourtant quel pied ! ^^

A la fin du repas, une petite machine à karaoké est installée au bout de la salle, et les plus téméraires / bourrés / inconscients se lancent, sous les vivas d'un public conquis d'avance. Moment sympathique quoiqu'assez éphémère. La principale attraction du ryokan n'est en effet pas là. Car ce que je ne t'ai pas encore dit, c'est qu'au rez-de-chaussée se trouve un onsen. C'est-à-dire une sorte de grand bain chaud japonais. C'est donc là que nous nous dirigeons ensuite...

Et nous allons pouvoir pleinement en profiter. Car un onsen ce n'est pas mixte, aussi y en a-t-il un pour les hommes et un autre pour les femmes, en alternance selon les heures. Or ce soir-là, le grand onsen principal est pour les hommes ! Je ne te fais pas un dessin, la non-mixité a une cause : la nudité, requise en ce lieu. Alors au début on hésite un peu avant d'y aller. Je ne suis pas spécialement exhibitionniste dans l'âme non plus, hein. Et puis qu'importe, après s'être encore une fois déchaussé, on met ses affaires dans les paniers du vestiaire à l'entrée, et allons-y, on tombe le yukata !

Deux portes coulissantes à franchir et nous voilà dans une véritable étuve. Il fait chaud mais ça fait du bien. Pour autant, pas question de se plonger immédiatement dans le onsen ! Attention, il faut être propre avant de se baigner. On trouve donc des douches le long des murs, chacune largement pourvue en gel douche, shampooing et autres, disposant même d'un baquet et d'un tabouret si l'on souhaite s'asseoir. C'est grand luxe.

Une fois propre, on entre sans problème dans le bain. C'est chaud, très chaud, mais la peau s'est habituée et on ne ressent aucune brûlure, juste un grand bien-être. Il y a aussi un petit coin jacuzzi juste à côté. Mais surtout, de l'autre côté de la grande baie vitrée, il y a un second bassin... extérieur ! Il fait nuit depuis longtemps et la température doit être aux alentours de 10°. On sent la différence en sortant, et puis on se replonge dans le bain. Et là on ne sent plus rien : à nouveau, on est juste bien. Très, très, très bien. Le bain fume un maximum, avec la différence de température. Assez rapidement on ressent néanmoins le besoin de sortir... et le corps est tellement chaud qu'il ne fait absolument pas froid, au contraire !

Retour finalement au vestiaire pour se sécher et remettre le yukata. Dernière étape (optionnelle) : s'asseoir devant les miroirs pour se sécher les cheveux et/ou utiliser les quelques crèmes et lotions mises à disposition. On n'en demandait pas tant ! Et on se sent teeellement détendu. Vraiment, quoi. Un bonheur.

Quand nous rentrons à nouveau dans la chambre, nouvelle surprise ! La configuration a changé. En lieu et place de la table trônent maintenant 5 futons, chacun pourvu d'une couette moelleuse à souhait. Pourtant nous n'allons pas nous coucher tout de suite, et profitons plutôt de la fin de soirée autour d'un verre, avec une bonne part des autres étrangers. Comme d'habitude, certains finiront bien saoûls. Et la journée s'achève ainsi, dans de grands éclats de rire...

Bon. Je te le dis tout de suite, j'ai fait long car la 2e journée était nettement moins palpitante.

Debout à 7h. Dur de quitter la chaleur de la couette pour aller prendre le petit déjeûner dans la salle commune. A nouveau, même disposition, chacun sa petite table et ses récipients au contenu étrange voire douteux. Toujours cette position inconfortable. Et toujours ces gentilles vieilles dames qui veillent sur nous. Mais le charme s'est rompu, et manger du tofu, de la soupe miso ou du poisson de bon matin est nettement moins jubilatoire que la veille. Pour ne pas dire que c'est parfois dur à avaler. Tout ça est *tellement loin* du goût occidental, c'en est à peine croyable.

A grand regret toutefois, nous quittons l'auberge. Le premier lieu que nous visitons ensuite s'appelle "Yunokuni no mori". Hélas il n'a de forêt que le nom, puisque sous couvert de petit village d'artisanat japonais, c'est en fait une sorte de parc à boutiques-souvenirs. Le cadre n'est pas laid, mais c'est franchement décevant. On s'amuse toutefois de quelques gadgets ici ou là, et Malte (l'Allemand) achète une petite peluche "Totoro" déjà promise à un grand avenir photographique à travers le monde, tel le nain d'Amélie Poulain.

Puis les bus prennent la direction de la falaise de Toujinbou. Enfin, nous voyons la Mer du Japon ! Mais à part les rochers, il faut bien avouer qu'il n'y a un peu que ça à voir, et c'est carrément maigre. Une satisfaction tout de même : en descendant au plus près de la mer dans une petite crique rocheuse, je repère une tâche jaune étrange presque à mes pieds. C'est en fait une énorme méduse. Au moins une fois et demie la taille d'un ballon de foot, avec un chapeau gélatineux jaune vif au centre et translucide autour, et des tentacules ocres épaix et charnus cachant les filaments. En regardant bien, on finit par en voir 3 ou 4 dans les environs. Ca tombe bien, je ne comptais pas me baigner !

Ah, j'oubliais de te dire : ces falaises sont parait-il réputées pour être un lieu de prédilection de ceux qui ont décidé d'en finir avec la vie. Charmant. Peut-être que si tu te loupes sur les rochers, les méduses t'achèvent.

Long voyage retour vers la fac. Nul besoin de cette décevante 2e journée pour mesurer combien la 1ere était magique ^^

...et il y aurait encore tellement à te raconter, rhaaa !

PS : Les photos sont dans l'ordre chronologique, donc d'abord le temple, puis l'auberge... je dis ça histoire que tu ne penses quand même pas que j'ai dormi au Eiheiji ^^ (et sur les photos de groupe, ce sont les autres Français... pourtant je suis pas sectaire, j'te jure !)

















06.11.2007

Rions un peu (moins)

Un mois et 4 jours sur le sol nippon. Les cours commencent enfin à prendre de la hauteur. Le temps se rafraîchit très nettement. Et surtout, je suis allé la chercher cet après-midi : ma gaijin card. Certes elle ne me sert plus à grand chose puisque j'ai déjà effectué grâce la plupart des démarches auxquelles elle aurait pu me servir... mais je l'ai, c'est symbolique, et elle me tient dorénavant officiellement lieu de passeport sur le territoire japonais.

Alors, maintenant que je fais (presque) partie des meubles, laisse-moi te parler un peu de ce qui fait du bruit au Japon dans le microcosme gaijin. Pas tant dans la fac qu'en dehors d'ailleurs. Et notamment sur le net, parce que pour le reste j'ai pas encore de vrai contact, à part un prof Belge intéressant dont je t'entretiendrai peut-être plus tard.

Le grand thème de débat actuel, c'est la loi qui va entrer en vigueur le 20 novembre prochain. Celle-ci, largement inspirée par le "modèle" américain, prévoit un fichage automatique des étrangers entrant sur le sol japonais, et ce dès leur arrivée à l'aéroport. Ce qui dans la pratique veut dire prélèvement d'empruntes digitales + photographie. Si tu refuses, tu rentres gentiment chez toi. Et cela naturellement sous prétexte de lutter contre le terrorisme.

Alors...

1/ ça ne sert à *RIEN* à ce niveau-là (terrorisme), si ce n'est à éventuellement à rassurer une certaine frange de la population -ou à leur foutre encore plus la trouille en leur faisant miroiter un danger supposé-

2/ ça stigmatise les étrangers comme criminels potentiels, ce qui n'était pas franchement nécessaire dans un pays par bien des aspects déjà bien moins ouvert à l'international que la moyenne du monde industrialisé

3/ c'est éthiquement plus que discutable, car on ne sait pas ce qu'il adviendra de ces données, elles seraient même susceptibles d'être transmises à des tiers (pourquoi pas les USA justement)

4/ ça touche même les résidents permanents, autrement dit des gens installés au Japon depuis plus de 20 ans, qui y vivent, y travaillent, y ont femme et enfants, et qui vont devoir accepter devant leurs proches Japonais d'être montrés du doigt en passant dans une file spéciale pour "dangereux étrangers"

5/ ne serait-ce qu'économiquement c'est pour le Japon se tirer une balle dans le pied, car l'image de marque va en prendre un coup ("Yokoso Japan" mon c...) et l'activité touristique comme plus largement économique en souffrira aussi

6/ tout bêtement, à part peut-être à Narita (Tokyo) où il y aurait une machine spéciale, ces formalités supplémentaires risquent de rendre l'attente beaucoup plus longue dans les aéroports, et crois-en ma maigre expérience, quand tu débarques tout crasseux d'un vol de 12h et qu'on a oublié ta valise à Paris, si un connard de l'immigration débarque pour prendre tes empruntes digitales et te tirer le portrait après 2 heures de queue supplémentaires, tu pètes un câble

Bien sûr on peut répliquer qu'après tout "c'est pas grand chose", qu'il y a pas de quoi en faire tout un foin, qu'en tant qu'étrangers on n'a pas le droit de l'ouvrir... sauf que si, et accepter sans moufeter ce genre de conneries c'est pour ainsi dire la porte ouverte à toutes les fenêtres. De nombreux débats contradictoires et à mon avis très intéressants ont déjà eu lieu depuis quelques semaines, notamment sur cet excellent blog d'un Français kyotoïte. Lequel a lancé *une pétition accessible ici* et que j'ai signée, question de principe.

Et puis un article du Japan Times (en anglais) revient sur un certain nombres de points. Et notamment sur l'affaire dans l'affaire, à savoir cette savoureuse / atterrante (rayez la mention inutile) bourde du Ministre de la Justice nippon, qui a déclaré lors d'une conférence qu'un "ami d'un ami" à lui était membre d'Al Qaeda...

Et puis tout autre chose (ou pas tellement en fait) : la faillite retentissante de l'entreprise "Nova". Nova, c'était quoi ? Une des principales sinon la principale boîte enseignant les langues étrangères dans l'archipel. Rien de bien méchant donc, sauf qu'une série de scandales a éclaté concernant l'entreprise. Ca a commencé par des professeurs arrêtés en possession de drogue (et ici on ne rigole pas avec ça). Puis s'en sont suivis des procès, notamment sur les méthodes de paiement discutables utilisées par le groupe. Et bien d'autres choses encore dont je ne suis pas très au fait, pour te dire la vérité. Mais le résultat est là : depuis le 26 octobre dernier, Nova est officiellement coulé.

Quel rapport avec mon sujet de départ, me diras-tu ? Eh bien tu comprendras aisément que l'enseignement des langues est peut-être *le* domaine par excellence dans lequel un étranger peut trouver un travail au Japon. Nova employait donc quantité de professeurs étrangers, certains ayant par exemple un conjoint japonais qu'ils étaient venus rejoindre. Et bien sûr maintenant, ce sont des milliers de ces mêmes étrangers qui se retrouvent sur le carreau suite à cette faillite. Il faut dire que prof chez Nova, ça s'apparentait déjà plus ou moins à un "Mac Job", ingrat et sous-payé. Pas pire que ce qu'on fait faire à "nos" étrangers en France hein, mais tout de même.

Du coup quand par le plus grand des hasards tu croises un Français à Umeda, la première chose qu'il te demande c'est si tu bossais chez Nova.

Alors voilà, sois prévenu ami étranger : sale temps pour toi au Japon. Comme ailleurs sans doute.


PS : Non non ce post n'est pas dépressif, moi ça va impec, oui je suis toujours super content d'être à Osaka... en plus je viens de (me ruiner pour) avoir une connexion internet (merdique) dans ma chambre, et on part en "study tour" jeudi et vendredi visiter entre autres un grand temple bouddhiste plus au nord, côté Mer du Japon... bref tout baigne ^^

Enfin ci-dessous, l'énigme "truc de ouf !" de la semaine : comment cet autocollant de l'IEP est-il arrivé là, à savoir collé derrière un siège de bus à Minoh, sachant que ni Clémence ni moi ne l'y avons mis ?

...quelqu'un de l'an dernier ? Exchange student japonais ? Mystère ^^

04.11.2007

Petite feuille deviendra rouge

Car le momiji, c'est pour bientôt. Hier, la mission consistait à dénicher le "Minoh Park", au bout duquel se trouve une bucolique chute d'eau. Mission accomplie. Le chemin était on ne peut plus balisé et fréquenté, bordé çà et là de boutiques de souvenirs ou de petits restaurants. Mais un beau soleil, le long d'une rivière, avec des érables japonais qui commencent à rougir, y a pas à dire : ça pète. Parti avec Clémence, on a rencontré par hasard là-bas 3 autres gaijin de notre dorm. Marrant quand on sait qu'on a dû croiser aujourd'hui en tout et pour tout moins de 10 étrangers parmi la masse de Japonais de sortie ce samedi.

De loin on a pu observer quelques singes sur les flancs de la forêt/montagne... m'enfin nettement plus petits que ceux qu'on a croisés l'autre jour. Et puis j'ai pu approcher un de ces énormes corbeaux japonais : vu leur taille, eux doivent pas se faire emmerder souvent. Niveau insectes sinon, je suis de plus en plus fan des mantes religieuses. Je pourrais jouer avec des heures. Par contre on a aussi fait une découverte *nettement* moins glamour dans la chambre de Sune (le Danois), tu verras la photo plus bas. Son petit nom jap c'est gejigeji. Et lui aussi, il est massif. Et il pique. Brrr...

Vendredi soir, toute autre ambiance. C'était initiation au divertissement japonais number one, j'ai nommé le karaoké ! Je sais maintenant qu'il me faut ajouter "chanteur" à la longue liste des métiers que je ne pourrai jamais exercer, mais c'était bien sympa quand même. Parti un peu à l'arrache avec les autres, mon pot de Cup Noodles à la main, je ne savais pas vraiment où j'allais ni si c'était une bonne idée d'y aller. Finalement on s'est retrouvés installés dans une petite salle cosy, les 3 Coréennes, le Belge, et moi. Et pendant 3 heures on s'est tous ridiculisés à tour de rôle. Même si on applaudit toujours de bon coeur à la fin de la chanson, parce qu'au fond on s'en fout on s'amuse point barre ^^

Le karaoké au Japon c'est une véritable institution, on en trouve partout. On y va en petits groupes, pour s'amuser entre amis et/ou se détendre après le boulot. On loue à l'heure des petites salles numérotées, un peu sur le modèle d'un hôtel. A l'intérieur, une grande table entre deux banquettes, une lumière tamisée, un téléphone pour commander à boire (oui oui) et bien sûr l'équipement karaoké à savoir 2 micros, un grand écran plat, et 2 enceintes de qualité acceptable. Chacun regarde donc dans les catalogues papier (ou électronique, sur un genre de télécommande à écran tactile) les chansons disponibles et fait son choix, qui s'ajoute à la playlist. Ne reste plus qu'à chanter !

Dommage cependant que sur les chansons en anglais, nombreuses au demeurant, peu d'entre elles bénéficient d'une véritable version instrumentale de qualité. Quant aux chansons jap, ça défile encore trop vite pour moi et vu la J-pop overcheesy qu'ont chantée les Coréennes, je ne suis pas sûr de vouloir m'y mettre ^^

Cette semaine j'ai aussi fait des achats super utiles. Après le calendrier Studio Ghibli, l'agenda "The Nightmare Before Christmas" (L'étrange Noël de Mr. Jack), la mini peluche Elmo, j'ai craqué pour les canettes collector de "Potion" Final Fantasy VII. La boisson en elle-même, sortie à l'occasion des 10 ans du jeu, n'est vraiment pas terrible mais je ne pouvais pas passer à côté de ça ! J'ai même trouvé une boisson Snoopy (spéciale dédicace Aude), "Snoopy Fresh" : goût pamplemousse, pas mauvais ^^

Finalement, je commence à m'habituer à certaines choses ici. Voir des gens qui portent des masques ne m'étonne presque plus. Faire une tête de plus que les rayonnages du supermarché ou de la bibliothèque est devenu normal. Pour autant, j'ai remarqué seulement hier soir, en me demandant soudain ce qu'était ce truc brillant dans le ciel... qu'ici la lune paraît décrochée. Son croissant est presque allongé et non vertical. Je ne sais pas trop comment ça s'explique, mais c'est sérieux ^^

...et déjà un mois sur place !







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